J'écoute : Le silence
Je regarde : Des films
Je lis : Très peu ces temps-ci, hélas
Je joue : Au Scrabble
Je mange : Très bien !
Je bois : Du thé, de l'eau
Je cite : « Je ne suis rien. Jamais je ne serai rien. Je ne puis vouloir être rien. Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde. » Fernando Pessoa.
Je pense : Je cogite
Je rêve : Je rêve, oui.
(mis à jour jeudi 19 janvier 2012 à 05:57)

28/01/2012

28/01/12 - 13:56

CXXXIV. 15 ans déjà.



« Lorsqu’après avoir lu une page d’Idées noires de Franquin, on ferme les yeux, l’obscurité qui suit est encore de Franquin. »
Sacha Guitry, épigraphe d'Idées Noires.

22/01/2012

22/01/12 - 17:48

CXXXIII. MU.



Source : inconnue.

15/01/2012

14/01/2012

14/01/12 - 01:43

CXXX. xkcd




Source : © xkcd

09/01/2012

09/01/12 - 02:49

CXXIX. Micachu & the Shapes - Golden Phone


02/01/2012

24/12/2011

22/12/2011

22/12/11 - 02:57

CXXVI. Le petit jeu de Noël.


Les règles sont disponibles ici.

1. I'll put a smile upon your face.



Mes Noëls ont tous été très différents. Nous décidions une année après l'autre de qui accueillait le reste de la famille. Ayant plus de dix ans d'écart avec mes frères et sœurs ils étaient tous déjà installés. Une douzaine de personnes en général, le record étant 17, ce fameux Noël de 1995 (j'avais 9 ans) en Lorraine où les hommes avaient cassé jusqu'à trois tire-bouchons pour ouvrir une bouteille de vieux vin, où ma mère s'était pratiquement évanouie de rire en conséquence, et où, nœud papillon rouge et pull vert, j'ai tiré la langue sur l'unique photo devant le sapin de Noël. La pellicule 24 poses rendait l'instant précieux, et une photo « ratée » (concept curieux pour imposer aux gens le sourire) pouvait tout de même exister. Maintenant on efface, la photo imparfaite disparaît dans l'oubli et on recommence.
« Souriez. Allez, souriez. »

2. A table of X.



Je n'ai pas connu ce systématisme où les parents invitent leurs enfants tout les ans à tout prix. Tous mes Noëls étaient ailleurs ou ici, en tout cas ensemble, en tout cas festifs, en tout cas chaleureux. Les hôtes se décarcassaient pour la mise en place de chaque élément. Bien sûr le type de décorations de Noël variait du tout au tout. Également, on passait à des tables dressées avec des ruisseaux de reflets brillants à des tables de l'Europe de l'Est – très dénudées. Mais c'était chez eux, c'était chez nous, c'était eux et nous. Ils consacraient du temps de préparation non pas pour que la veillée de Noël soit belle, agréable, dans un cadre joli mais ils le faisaient pour qu'une soirée de notre vie soit hors du temps.
« À votre santé. »

3. Baby it's cold outside.



La neige était quasiment absente autour de Noël. Il y a eu un ou deux Noëls enneigés, mais sans plus que cela. Je jouais avec S. mon voisin au football sous la neige. Peu de neige : pas d'isolement, pas d'accident, pas de problèmes. Je me suis mis à rêver la neige comme on rêve de quelque chose qui n'arrive pas. Les petits flocons meurtris blessés de fondre rapidement sur le béton presque tiède de ma ville natale m'émeuvaient. J'observais sur des parkings une vague couche mourante, piétinée et salie sans concession par des voitures au pot agressif. Je tapotais la matière grise voire merdeuse, comme pour remarquer et signifier je ne sais quel sacrilège incongru. Je rêvais la neige, elle amenait le sentiment d'être rassuré chez soi, au chaud bien emmitouflé par de vieilles couvertures de laine, protégé du froid du monde. Des jours de neige, où l'on pouvait passer de longs moments immobile derrière la fenêtre, à voir se poser sur le dehors une couche de froid que l'on avait pas à combattre – déneiger, frayer son chemin, glisser. Maintenant où j'habite, c'est plus simple : il neige beaucoup.
« Oh, regardez : il neige ! »

4. A song and a Christmas tree.



Je n'ai je crois jamais eu de « vrai » sapin à décorer, le nôtre à la maison était en plastique. C'était un travail assez fastidieux qui s'opérait aux alentours de la première semaine de décembre – oui, on s'y prenait tôt. Mes parents s'ils ne recevaient pas le 24 ne se cassaient pas non plus la tête en décoration intérieure. N'accueillant pas régulièrement grand monde, il était inutile de se forcer. Je n'ai pas le souvenir de mon père faisant le sapin, j'aimais bien les petits rubans argentés que l'on découpait, et que l'on jetait sur le sapin pour faire « comme si c'était tombé là ». Pas de neige carbonique, pas de décorations « précieuses » comme des boules en bois, des pommes de pin naturelles, des nœuds rouges ou des boules en verre fumé ; bref pas de charte chromatique définie. Le sapin était dépareillé, des guirlandes filasses flottaient avec des couleurs qui juraient presque. Il était un peu la musique qui faisait défaut (il n'y en avait pas lors des réveillons la plupart du temps).
« O abies, o abies, tu mihi valde places ! »

5. Recuerdo de ... de 1957.

C'est ce qui est inscrit à l'arrière d'une photo où figure mon père. Les « ... » signifient un mot que je ne parviens pas à lire, je sais seulement que ce n'est pas Navidad. Mon père pose devant le sapin, avec deux garçons et une fille. Il est au centre et il imite le garde-à-vous, fier et malicieux. Il porte une sorte de pull de laine à lignes de différentes couleurs, très irrégulières ; sans doute un sous-pull. Et des bretelles par dessus. Les deux amis qui l'entourent sont habillés de manière identique : un gilet gris ouvert, un pull foncé. L'un des deux a un short. Derrière, tout derrière, la fille est tout à la droite. En retrait, elle a un regard presque amoureux sur mon père. Elle porte une jupe à carreaux, des chaussettes hautes, un petit gilet fermé. Tous sourient différemment. Le premier ami a un rire extatique, et il tient de sa main gauche une branche du sapin, mon père sourit comme un malin le regard bien tranché vers l'objectif, le deuxième ami aux yeux exorbités sourit en direction de mon père, la fille sourit tristement, énigmatique. La photo est signée, mais je ne reconnais pas la signature.
« Garde-à-vous ! »

6. Stuck in the chimney ?



Le Père Noël existe. Je ne l'ai jamais vu, j'ai beau faire le ronchon avec Noël, je sais qu'il existe.
« Oh oh oh... »

7. Noël à deux.



Cette année depuis longtemps – est-ce la première fois ? je ne me souviens pas — par un concours de circonstances diverses, il n'y aura qu'une seule personne avec moi à veiller Noël. Pas de photos, pas de grandes tables, peut-être de la neige, pas de sapin, pas d'enfants qui rient et déballent les cadeaux (à part nous). Je serai très heureux de partager Noël avec lui.


Légendes :
1. © John Ivan Laughton Collection.
2. © Source.
3. © Source.
4. © Betty Ford à la Maison Blanche, 1976.
5. Archives personnelles.
6. © Source.
7. Barbara Stanwyck & Dennis Morgan dans Christmas in Connecticut, 1945.

20/12/2011

20/12/11 - 03:25

CXXV. Václav.



« Chers concitoyens,

Depuis quarante ans, vous avez toujours entendu le premier jour de l’année, de la bouche de mes prédécesseurs, le même discours, avec seulement quelques variantes : comment notre pays fleurissait, combien nous avions fabriqué de nouveaux millions de tonnes d’acier, combien nous sommes tous heureux, combien nous avons confiance en notre gouvernement et quelles belles perspectives s’ouvrent devant nous !

Je suppose que vous ne m’avez pas proposé à ce poste pour que je vous mente à mon tour. Notre pays ne fleurit pas. Le grand potentiel créateur et spirituel de nos nations n’est pas utilisé comme il se doit. Des branches entières de l’industrie produisent des choses qui n’intéressent personne, tandis que ce dont nous avons besoin nous manque toujours. L’État, qui s’appelle État des ouvriers, humilie et exploite les ouvriers. Notre économie arriérée gaspille une énergie rare. Le pays qui pouvait être fier, autrefois, de l’érudition de son peuple dépense tellement peu pour l’enseignement qu’il se trouve aujourd’hui à la soixante-douzième place mondiale dans ce domaine. […]

Mais cela n’est pas encore l’essentiel. Le pire est que nous vivons dans un milieu moral pourri. Nous sommes malades moralement parce que nous sommes habitués à dire blanc et à penser noir. Nous avons appris à ne rien croire, à ne pas prêter attention l’un à l’autre, à ne nous occuper que de nous-mêmes. Des expressions comme l’amour, l’amitié, la pitié, l’humilité ou le pardon ont perdu leur profondeur et leur dimension et ne signifient, pour nombre d’entre nous, qu’une sorte de particularité psychologique aussi désuète que des salutations oubliées du temps passé, un peu risibles à l’heure des ordinateurs et des fusées cosmiques.

Peu d’entre nous ont été capables d’exprimer à voix haute que les puissants ne devraient pas être omnipuissants […]. Le régime au pouvoir jusqu’ici - armé de son idéologie fière et intolérante - a rabaissé l’homme au niveau d’une force de production […]. Il a transformé des personnes douées et jouissant de leurs droits, travaillant intelligemment dans leur pays, en boulons d’une machine monstrueusement grande, grondante et puante, dont personne ne sait quel est le sens véritable. Cette machine ne sait rien faire d’autre que s’user elle-même, et avec elle tous ses boulons, lentement mais irrésistiblement.

Si je parle de climat pourri […], je parle aussi de nous. Nous qui nous sommes habitués au système totalitaire, nous qui l’avons accepté comme un fait immuable, donc entretenu par nos soins. Autrement dit : nous tous - bien qu’à des degrés différents - sommes responsables de la dérive de la machine totalitaire. Nous ne sommes pas seulement ses victimes, mais nous sommes tous en même temps ses co-créateurs. Pourquoi parler ainsi ? Parce qu’il ne serait pas raisonnable de considérer le triste héritage des dernières quarante années comme quelque chose d’étranger, légué par un parent lointain. Nous devons tous au contraire accepter cet héritage comme quelque chose que nous avons nous-mêmes commis contre nous. Si nous le prenons ainsi, nous comprendrons qu’il dépend de nous tous d’en faire quelque chose.

Nous ne pouvons pas faire porter la responsabilité de tout cela sur les gouvernements précédents, non seulement parce que cela ne répondrait pas à la vérité, mais encore parce que cela affaiblirait le devoir qui se pose aujourd’hui à chacun de nous, le devoir d’agir, indépendamment, librement, raisonnablement et vite. Détrompons-nous : le meilleur gouvernement, le meilleur Parlement et le meilleur président ne peuvent pas, à eux seuls, faire grand-chose. Et ce serait très injuste d’attendre la solution d’eux seulement. La liberté et la démocratie, cela signifie la participation et la responsabilité de tous. […] Si nous nous en rendons compte, les horreurs dont hérite la nouvelle démocratie tchécoslovaque ne nous sembleront pas aussi épouvantables.

Si nous nous en rendons compte, l’espoir reviendra dans nos cœurs…
»

Texte : Václav Havel, nouveau président de la République tchécoslovaque, 1er janvier 1990
Image : tirée de
Lásky jedné plavovlásky de Milos Forman (1965)

17/12/2011

17/12/11 - 02:41

CXXIV. Le petit jeu de Noël.



Bientôt Noël. « Déjà ? » s'écrieront certains, hagards et ahuris de la relativité farouche du temps qui s'écoule. D'autres seront barbés, lassés de voir encore et toujours recommencer cette sempiternelle période qui « ne veut plus dire grand chose dans la société où l'on vit ». D'autres encore seront étonnés et s'étonneront eux-même de voir revenir cette instant de l'année où les devoirs réapparaissent insidieusement (à la famille, à l'entourage). Enfin quelques uns seront contents, heureux de retrouver leurs proches, de partager des moments simples et beaux, où offrir est un plaisir, où partager un repas est un signe d'union, où les preuves d'amitié et d'amour sont universelles. Libre à chacun de choisir son camp.

Le sapin étincelle, ou bien ne voulez-vous même pas être envahi par cette chose. Vous préparez les cadeaux, pour les derniers vous vous y prenez toujours trop tard et vous ne savez vraiment pas ce que vous avez envie de manger pour le réveillon, qui est dans moins de sept jours. Ou avez-vous tout préparé ?

C'est bientôt Noël et je vous propose, chers GAïens, un petit jeu très simple par le principe, comme d'habitude. Vous pouvez utiliser ce que vous voulez : texte, image, son, vidéo.

Je vous propose de nous raconter sur votre journal sept choses à propos de Noël. Pourquoi sept ? Eh bien je ne sais pas.

Ce peuvent être des souvenirs de vos réveillons passés. De cadeaux que vous avez reçus. D'instants particuliers ayant rapport à cette période que vous vous remémorez avec fierté, nostalgie, humilité, colère, indignation. Ce peut être aussi votre propre définition de Noël, ce que cela représente pour vous, votre amour, désamour, indifférence, impuissance, voire haine (il va de soi que pour dire « merde à Noël ! », la forme est importante). Ce peut-être également comment vous voyez votre Noël de cette année (wishlist – liste de cadeaux souhaités, préparations, menu du réveillon, ou bien fuite éperdue vers des pays chauds et où Noël n'existe pas).
Afin de centraliser vos propositions et ceci pour que les lecteurs intéressés qui ne lisent pas le journal des inscrits régulièrement découvrent vos propositions, il serait bien de mettre en commentaire de cet article le lien de votre participation.

Vous avez une semaine !

Bonne chance.

14/12/2011

14/12/11 - 00:21

CXXIII. Un scoop au kolkhoze.





LE PAPE

EST MORT !


Mais juste avant, il a adhéré à l'association.


Preum's.

12/12/2011

12/12/11 - 10:43

CXXII. Donna, donna.

11/12/2011

11/12/11 - 03:08

CXXI. Irina Werning.



Après avoir publié une première série l'année dernière, Irina Werning poursuit son travail dantesque, tiraillée entre la volonté obsessionnelle de la reconstitution haute-fidélité et l'impuissance objective d'y parvenir tout à fait (tel tissu ne se trouve plus, tel lieu change avec le temps : le mur de Berlin ne peut pas se reconstruire).

Voir la nouvelle série : Back to the future 2.

11/12/11 - 01:33

CXX. C'est de saison.


J’ai rencontré la mort.
Si je vous dis où, vous n’allez pas me croire. J’ai rencontré la mort à l’angle du boulevard Sébastopol et de la rue Blondel.

— Tu viens, chéri ?

C’était une voix presque inhumaine à force de beauté, une voix aspirante, la même sans doute qui faillit perdre Ulysse. Je freinai pile des deux pieds et me tournai vers elle. Ah là là. Ah là là là. Je me doutais bien que la mort était femelle, mais pas à ce point. Elle avait mis ses cuissardes noires d’égoutier de l’enfer et son corset des sombres dimanches d’où jaillissaient ses seins livides et ronds comme l’Éternité. Son visage d’albâtre maquillé d’écarlate irradiait de cet ultime état de grâce enfantine nourri d’obscénité tranquille et d’impudeur insolente qui vient aux adolescentes à l’heure trouble des premiers frissons du ventre.

— Tu viens, chéri ?

Je m’attendais à ce qu’elle ajoutât les vers qu’elle chanta naguère pour attirer le poète dans le guêpier de sa guêpière :


Si tu couches dans mes bras
Alors la vie te semblera
Plus facile.
Tu y seras hors de portée
Des chiens des loups des hommes et des
Imbéciles.

— Alors, tu viens ?
— Je ne peux pas, madame. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui ça ne m’arrange pas de mourir. C’est bientôt Noël, n’est-ce pas, comprenez-moi.
Il faut vous dire que je revenais des grands bazars voisins, les bras chargés de paquets pour les enfants. Toute la ville frémissait et trépidait de cette espèce d’exaltation électrique et colorée qui agite les familles autant qu’elle racornit les solitaires, à l’approche de Noël.
— Non vraiment, je ne veux pas mourir aujourd’hui, madame. J’ai le sapin à finir…
— Ne sois pas idiot. Viens chéri. Si c’est le sapin qui te manque, je t’en donnerai, moi.
— Mais puisque je vous dis que je veux pas mourir.
— Pourquoi ?
— Pardon ?
— Sais-tu seulement pourquoi tu ne veux pas mourir ? dit encore la mort.
— Euh… je ne sais, moi. J’ai encore envie de rire avec ma femme et mes enfants. J’aime bien mon travail. Je n’ai pas fini de mettre mon bordeaux en bouteilles et j’attends un coup de fil de Maman. Et puis d’abord il faut que j’aille chercher mes chaussures chez le cordonnier de la rue des Pyrénées. Voilà.
— Mon pauvre garçon. Tu es lamentable. Pour la première fois de ta vie, tu as la chance de voir la mort en face, et au lieu de coucher avec moi, tu t’accroches à ton histoire de pompes même pas funèbres. Enfin, mon chéri, sois raisonnable. Regarde autour de toi. Es-tu vraiment sûr de n’en avoir pas assez de cette vie de con ?

Évidemment. Je jetai un regard circulaire sur les boulevards où la pluie glacée détrempait le trottoir gris, sale, jonché des mille merdes molles des chiens d’esclaves. Mes frères humains trépignaient connement entre les bagnoles puantes d’où s’exhalaient çà et là les voix faubouriennes et cassées des chauffards éthyliques englués à vie dans l’incurable sottise des revanchards automobiles glapissant de haine et suintant d’inintelligence morbide.

La vulgarité tragique de la vitrine du Conforama voisin me donna soudain la nausée. Trois grands nègres souillés de misère et transis de froid s’y appuyaient en grelottant dans la dignité autour des balais de caniveaux pour lesquels ils avaient quitté la tiédeur enivrante de leur Afrique natale. A la devanture du kiosque du Sébasto, la guerre menaçait partout, la princesse de Moncul épousait le roi des Cons, le CAC40 était en baisse et la violence en hausse, les journalistes hébétés crétinisaient au ras des perce-neige, un chanteur gluant gominé affichait aux anges un sourire aussi élégant qu’une cicatrice de césarienne ratée, le ministre des machins triomphait d’incompétence, le roi du football tout nu sous sa douche crânait comme un paon mouillé ravi de montrer sa queue à tous les passants, les cervelles éclatées collées aux carrosseries racontaient en multicolore le grand carambolage meurtrier de l’autoroute : le poids des morts, le choc des autos, et la traditionnelle grognasse du mois racolait l’obsédé moyen avec ses oreilles en prothèse de lapin et ses nichons remontés, luisants de glycérine.

— Alors, tu viens chéri ? dit encore la mort dans un souffle infernal et brûlant qui m’envahit le cou jusqu’à la moelle. « Allez, viens, je te promets que la nuit sera longue. Je te ferai tout oublier. Tu oublieras la pluie, ta vieillesse qui pointe, les passages cloutés, les bombes atomiques, le tiers provisionnel et l’angoisse quotidienne d’avoir à se lever le matin pour être sûr d’avoir envie de se coucher le soir. »
— Excusez-moi, madame, mais j’hésite. D’un côté, il est vrai que ce monde est oppressant. Mais d’un autre côté, depuis que j’ai connu ces étés lointains dans le foin, avec une mirabelle dans une main et la fille du fermier dans l’autre, j’ai pris l’habitude de vivre. Et l’habitude, au bout d’un temps, ça devient toujours une manie, vous savez ce que c’est ! Alors bon, mourir comme ça, là, maintenant, tout de suite, sans cancer ni infarctus, à la veille de Noël, ça la fout mal. Avec la panoplie de Zorro et la poupée qui fait pipi tout seule dans les bras, j’aurais peur de rater ma sortie. Et puis j’imagine ma femme, en haut de son escabeau, accrochant ses guirlandes, quand on lui apprendra la nouvelle : « Madame. Soyez courageuse. Votre mari… c’est affreux… » Et elle : « Oui, c’est toujours pareil, il n’est jamais là quand on a besoin de lui, c’est toujours les mêmes qui accrochent les guirlandes. »

Alors la mort haussa les épaules et se rabattit sur un petit vieux propret qui rentrait réveillonner tout seul dans sa chambre de bonne. A minuit, il aurait rempli son verre de mousseux pour trinquer avec sa télé noir et blanc.

Elle l’a baisé à mort, à même le trottoir.


Pierre Desproges, Vivons heureux en attendant la mort

10/12/2011

10/12/11 - 02:52

CXIX. Circa 3,213,000 dots.

09/12/2011

09/12/11 - 14:27

CXVIII. Been too unkind ?



Photo : © nobodybabyy
Song : The String Quartet - Boy's don't cry (The Cure cover)

26/11/2011

26/11/11 - 01:47

CXVII. Mind.



Source inconnue.

19/11/2011

06/11/2011

 

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